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L'abbé Terray dans son château

L'abbé Terray, issu d'une famille de la bourgeoisie auvergnate, de Boen sur Lignon, réussit à pénétrer la "Haute Noblesse" et à devenir un personnage influent et fortuné, et par conséquent, craint et haï par ses pairs. Mais sa fortune restait suspendue au bon vouloir du Roi.

Durant ses temps de loisirs, il aimait se rendre à La Motte Tilly, et y recevait parfois forte compagnie. Lors d'un séjour de la Cour à Fontainebleau, Monsieur de Trudaine, Intendant des Finances, Monsieur de Boullongue, Contrôleur Général et quelques autres distingués personnages de la Cour, lui firent savoir qu'ils iraient dîner chez lui. L'abbé Terray ayant fait part de la nouvelle à son confrère, l'abbé Lenoir, celui-ci s'informa de savoir si pour cette occasion, il prévoyait l'extraordinaire. "Pas le moindre, répondit l'abbé, je ne veux pas leur donner lieu de croire que je me trouve honoré de leur visite".

La chasse était une des distractions favorites de la noblesse. Nous ignorons si l'abbé Terray était lui-même chasseur, mais il est certain que des chasses à courre étaient données car, dans tout le Nogentais, les paysans étaient tenus d'offrir la "caillote" (lait caillé) aux meutes de chiens pour les rafraîchir.

L'abbé offrait également des fêtes champêtres et des comédies. Le château de la Motte disposait d'un théâtre et, fréquemment les acteurs et actrices étaient choisis au sein même des invités, les rôles principaux étant toutefois réservés à des professionnels. Ainsi, en septembre 1772 : "on parle beaucoup de fêtes données à la Motte pour le mariage du neveu de l'abbé Terray avec Melle Le Normant. L'abbé de Voisenon fait bassement la cour à ce ministre. Il a composé une comédie à cette occasion et c'est lui-même qui a exercé les acteurs pris dans la société du ministre. Madame d'Amerval était une des principales. Elle a déployé des talents et, conséquemment pris beaucoup de goût pour ce genre d'amusement, en sorte que l'abbé de Voisenon continue de la former..."

Marguerite Victoire Le Normant était la fille d'un ancien modèle du peintre Boucher, Marie Louise 0'Murphy, première maîtresse de Louis XV, avant de devenir celle de l'abbé Terray. Elle épousait à La Motte Tilly, Jean Didier René Mesnard, Comte de Chousy, Commissaire Général de la Maison du Roi, Capitaine du Régiment de royal Navarre.

Les salons servaient de cadre à des festivités plus intimes. On y offrait des concerts et surtout on y jouait. Les dames se passionnaient pour le trictrac (ou jacquet). Quand aux hommes, ils perdaient des sommes considérables au whist (ancêtre du bridge) en affectant une indifférence de "bon ton".

Mais le règne de Louis XV fut aussi celui des soirées galantes. La littérature, l'imagerie licencieuses eurent à l'époque un succès considérable et des artistes de renom, tel François Boucher, ont laissé des oeuvres plus que libertines dont la côte reste encore aujourd'hui, très élevée.

L'abbé Terray, bien qu'on lui prête un caractère austère, ne resta pas insensible à ce courant. Ses relations avec Marie Louise O'Murphy, ou avec la baronne de La Garde, sont à cet égard très claires. Les salons et les boudoirs du château de la Motte ont très certainement servi de cadre fastueux à des soirées où les nobles dames, abandonnant leurs riches et lourdes parures se livrèrent à des jeux dont l'innocence n'échappera à personne.

Comme ses contemporains, l'abbé Terray s'intéressait de près aux sciences de la nature. D'après un inventaire de 1794, nous savons que la bibliothèque du château renfermait des ouvrages de vulgarisation scientifique ainsi qu'un cabinet de physique. On y trouvait également trois "sphères dont une céleste et deux terrestres" ainsi qu'un "télescope à mirroir portant quatre pieds et demi de long monté sur son pied en cuivre avec sa table et son équpage de nuit".

La physique, vulgarisée par des expériences publiques, devait rencontrer à l'époque un franc succès. L'abbé Nollet fascinait les salons par les effets spectaculaires de l'électricité. D'autres scientifiques fréquentaient ce genre de salon, comme Buffon, Algarotti ou Lavoisier. Ce dernier était d'ailleurs apparenté à l'abbé Terray, pour avoir épousé en 1771 une de ses petites nièces, Marie Anne Paulze. Peut-être fréquenta-t-il les salons du château de la Motte Tilly !

Notre abbé s'intéressait aussi à l'agronomie, comme Choiseul à Chanteloup. Devant l'orangerie, des serres avaient été aménagées. Chauffées grâce à la technique appelée "biomasse", il n'était pas rare de trouver sur la table du maître de maison des fruits exotiques comme des ananas, des oranges, voire des grenades.

Si ce financier ecclésiastique n'avait pas bonne presse auprès des gens de la Cour, il savait soigner son image dans la région. Il se comportait en grand seigneur, faisant oublier ses prévarications par des libéralités.

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